Les Cahiers de la Maison de l’Épargne – édition 24

Octobre/Décembre 2022

EDITO

Le Danger de la dématérialisation.

Les épargnants ont besoin d’explications simples à comprendre. C’est ce qui a fait le succès des SCPI qui perdure depuis les années 60.

La dématérialisation des documents peut leur rendre la vie plus compliquée et éloigner des citoyens de leurs services publics.
Le phénomène progresse partout; nous le constatons par exemple pour la déclaration d’impôts et il est même question de modifier la carte vitale par une version numérique avec un QR code accessible avec un téléphone mobile.

Tout le monde ne possède pas de portable ou d’ordinateur, ou ne sait pas trop s’en servir, ou n’a pas assez de couverture numérique et pourtant, presque tout passera désormais par internet. Dans son rapport de 2019, le Défenseur des droits a alerté les pouvoirs publics sur les risques d’une transformation numérique « à marche forcée ».

En supprimant partout le format papier, on donne le sentiment de déshumaniser les citoyens ainsi que les petits épargnants et de privilégier une partie de la population plus à l’aise avec internet. Nous risquons d’avoir deux catégories d’épargnants : ceux qui sont initiés à l’économie et les autres qui n’ont plus que le livret A comme source de recours. Une politique d’accessibilité et de couverture numérique du territoire doivent accompagner toute dématérialisation des services publics.
Les épargnants seront toujours des incompris par les pouvoirs publics et les conséquences peuvent être très graves.

Gérard AUFFRAY
Président Fondateur

image cahier de l’épargne 24
Affiche publicitaire qui appelle les Français à contribuer au développement économique de leur pays. Henri Visconte (1920). Affiche extraite de la collection d’affiches de la Maison de l’Épargne.

Aux larmes, épargnants

Des malheureux évènements historiques ont ruiné les épargnants.

1890 : Faillite et sauvetage de la Banque Barings

La crise de la Banque Barings, appelée aussi «Panique de 1890»., a été une récession aiguë. Cette crise de la dette souveraine est la plus célèbre du XIXe siècle provoquée par la quasi-insolvabilité de la banque Barings à Londres en raison essentiellement d’une prise de risque excessive sur de mauvais investissements en Argentine.
Trouvant son origine dans la crise de la dette Argentine, elle qui va impliquer un certain nombre de pays et surtout la Grande-Bretagne.

L’Argentine de la fin du XIX siècle est un pays dit «neuf» qui connait un développement rapide en raison des exportations et de la construction de réseaux ferrés dans le pays. Pour y arriver, un grand système d’emprunts s’organise dans le pays pour que, d’un côté, la population (surtout issue de l’immigration européenne) puisse acheter des terres et de l’autre, pour développer le réseau ferroviaire.

L’appel de capitaux est lancé vers des sociétés privées, essentiellement britanniques, dont la Banque Barings.
Vers la fin des années 1880, la rupture de cet approvisionnement va déclencher une crise de solvabilité.
Le financement a été aisé jusqu’au pic des importations de capitaux de 1888 mais qui décline l’année suivante.

En 1889, le service de la dette représente déjà 50 % de la valeur des exportations.

Puis, une chute brutale intervient à cause d’une bulle spéculative en Europe. La montée de méfiance augmente envers l’Argentine qui est accusée d’une surévaluation du prix des terres à l’origine des emprunts hypothécaires.

La crise argentine se répercute à Londres où les banquiers engagés en Argentine se retrouvent illiquides. Les valeurs argentines étant impossibles à vendre, Baring doit suspendre ses paiements en novembre 1890.

La Banque d’Angleterre et l’ensemble des banques britanniques, craignent le pire. Un consortium international réuni la Banque d’Angleterre, la Banque Rothschild et la plupart des autres grandes banques londoniennes dans le but de créer un fond pour garantir les dettes de Barings, évitant ainsi une récession plus importante et sauver la maison Barings.

Un siècle plus tard, en 1995 la Banque Barings disparait à cause d’un trader qui va causer sa ruine à la suite de placements douteux et de manipulations boursières réalisées depuis Singapour.

Depuis Georges V, Barings était la banque de la famille royale démontrant une longue histoire avec la France, comme dans l’acquisition de la Louisiane par les EEUU ou le refinancement de la France après Napoléon. Mais nous aurons l’occasion d’en parler dans un prochain numéro de nos Cahiers…

… Et dans l’actualité, les problèmes sont aussi récurrents

Une pyramide de Ponzi sur le marché mondial des baskets

La plus grande arnaque sur les baskets de collection vient d’être démantelée aux États-Unis. 60 mille paires des sneakers ont été saisies au mois de juillet 2022 pour indemniser les 15 mille victimes dans le cadre de la plus grande arnaque sur les chaussures de sport.

Devenues des objets de collection et de spéculation, elles ont vu leur prix décoller sur les sites de revente. Zadeh Kicks, créé en 2013 par Michael Malezadeh, 39 ans, a fait des bénéfices faramineux avant de se faire rattraper par la justice américaine. Il a été inculpé en août dernier de fraude et blanchiment d’argent pour un préjudice estimé à 85 millions de dollars, dont 70 millions qui correspondent aux pertes de particuliers et 15 millions à celles des institutions financières, comme American Express et PayPal.

Zadeh Kicks collecte de l’argent de clients en leur promettant qu’ils obtiendraient des modèles rares qu’ils ne possédaient pas, à des prix très intéressants, trois à six mois après leur sortie d’usine, en grandes quantités, notamment de la marque Nike et Adidas dont le marché a explosé ces dernières années.

Selon le média «Nicekicks», Zadeh Kicks avait enregistré 100 millions de dollars de ventes l’année dernière, 50 fois plus qu’en 2015.

Leurs clients étaient prêts à patienter longtemps en spéculant, estimant que les prix ne pouvaient que monter et d’avoir un haut profit au moment de revendre. Avec l’argent reçu de la part des nouveaux investisseurs, ils dédommageait les clients déçus qui ne recevaient pas leurs baskets. Et ainsi de suite, les derniers arrivés payaient le remboursement des acheteurs précédents. Les impayés se sont accumulés et la pyramide de Ponzi éculée.

La fin de l’histoire s’accélère quand le «Bernie Madoff des sneakers» assure qu’il pouvait fournir 600.000 paires d’une édition limitée d’Air Jordan (AJ11 Cool Grey), sans avoir aucun partenariat avec les sociétés en question. Nike affichait à 225$ la paire, lui les promettait à 115$. Il n’a honoré que 10% des commandes et la société a fini par faire faillite en mai dernier.

Le FBI aurait saisie 6,4 millions de dollars en liquide, 1100 sneakers de la collection personnelle de M.Malezadeh ainsi que 60 mille paires de son entrepôt à Oregon. Toutes saisies et misent en vente pour essayer de récupérer une partie des pertes.

Michael Malezadeh risque jusqu’à 30 ans de prison, le procès doit débuter en juin 2023.

A Wall Street, les investisseurs se sont détournés des actions des fabricants de chaussures de sport. Cette année, leur indice boursier a perdu le tiers de sa valeur, trois

Extrait Le Figaro 31/08/22

La Nature Humaine dans ses rapports à la richesse

s’est exprimée par la peinture de grands artistes

peinture

Cette peinture fait partie d’une série de 3 peintures que l’artiste expose au Salon de la peinture de 1777.
Le personnage « Bélisaire » symbolisait Louis XVI qui cherchait à l’époque des moyens de porter secours aux insurgés américains qui avaient déclaré leur indépendance l’année précédente. Vincent cherche à introduire, à partir de ce tableau, l’idée d’une entraide entre l’aristocratie anglaise et française pour faire face à la révolte venue d’Amérique (même si l’on peut remarquer que tous les personnages du tableau ont un regard méfiant entre eux).
François-André Vincent (1776) Bélisaire réduit à la mendicité, secouru par un officier des troupes de l’empereur Justinien. Montpellier, Musée Fabre.

  

Petites phrases des Grands Penseurs

phrase du jour

« Le meilleur de tous les plans de finance est de dépenser
peu, et le meilleur de tous les impôts est le plus petit. »

Jean-Baptiste Say (économiste français), Cours d’économie politique, 1840

Produits d’épargne d’Actualité

Avec l’inflation actuelle, où placer son épargne ?

A la fin du mois d’août, l’inflation a atteint 5,8% sur un an selon l’INSEE. Nous reste-il des produits d’épargne pour combler cette perte de pouvoir d’achat ?

Pour tenter de combler les effets de l’inflation, plusieurs livrets ont été revus à la hausse. Le Livret A est à 2% depuis le 1er août (après d’avoir été augmenté à 1% en février dernier). Même taux pour le Livret de développement durable et solidaire (LDDS).

Quant au livret d’épargne populaire (LEP), accessible sur conditions de ressources, il a été fixé à 4,6%.

Concernant les assurances vie, où presque 80% de l’argent est placé sur des fonds euros, leur rémunération diminue depuis des années pour s’établir en 2021 à 1,3%. Pour 2022, le rendement attendu doit être autour de 2%. L’avantage des assurances vie est le fait de pouvoir intégrer dans des contrats multisupports des unités de compte (des parts ou des actions de sociétés cotées, patrimoine immobilier, valeurs mobilières) qui peuvent générer plus de gains mais qui sont aussi plus risqués.

On trouve également «la pierre», l’immobilier direct ou indirect, et dans le locatif où l’indice de référence des loyers est indexé à l’inflation. Espérer un rendement de son investissement est donc toujours possible. Les SCPI (Société civile de placement immobilier) ont offert l’année dernière un rendement autour du
4,5%, dont les plus performantes ont atteint des rendements supérieurs à 6%. Emprunter pour investir dans l’immobilier reste encore attractif, avec une inflation de 6% et des taux proches à 2%, l’emprunt reste intéressant.

La Bourse, le pari est risqué mais il peut rapporter gros. C’est aussi prendre le risque de tout perdre. Depuis le début de l’année, elle est en perte de 15%. Les cryptomonnaies ? …c’est de la spéculation, dont plutôt à éviter.


 

Coup d’oeil sur les rendements de l’épargne


 

                        Rendements des livrets

Livret
Taux
Plafond
Livret A, Livret Bleu* 2.0%* 22 950€
Livret d’Épargne Populaire 4.6%* 7 700€
Livret Jeune 2% 1 600€
Plan d’Épargne Logement** 1.0% 61 200€
Livret de Développement Durable*** 2%* 12 000€
Compte Épargne Logement**** 0.75%* 15 300€

 

* Depuis le 01/08/2022
** Les intérêts sont exonérés d’impôt sur le revenu jusqu’à la veille du 12ème anniversaire.
*** Les intérêts sont exonérés d’impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux. Le taux est aligné à celui du livret A.
**** Les intérêts sont exonérés d’impôt sur le revenu, mais sont soumis aux prélèvements sociaux.

               Rendements des assurances vie

Performance annuelle
Moyenne (FFA)
Fonds en Euros
(€)
Unité de compte
(UC)
2017 1.83% +5.80%
2018 1.80% – 8.10%
2019  1.46% +13.90%
2020 1.30% +0.30%
2021 1.10% +3.00%

 

Rendements des SCPI
(évolution du prix des parts / France SCPI)

Année

Taux

2017 +4.43
2018 +4.35
2019 +4.40
2020 +4.18
2021 +4.60

Performance des valeurs immobilières côtées en bourse

Année

Paris CAC40

2018 -11%
2019 +26.3%
2020 -7.14%
2021 +23.97%
2022
(01/01-05/09/2022)
-13.78%

 

Croissance PIB France

Année

 

2018 1.70%
2019 +1.30%
2020 -8.20%
2021 +7.00%
2022* +2.50%

*Prévision de la Banque de France, Août 2022

Inflation, Variation sur un an (Insee/ Août 2022) …………………………………. 5.8%